Tunisie : Kasbah blues

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Hormis Béji Caïd Essebsi, élu à la présidence de la République, tous les chefs du gouvernement depuis 2011 ont vu leurs ambitions contrariées. Récit et analyse d’une malédiction.


«Légalement, le chef du gouvernement a tous les pouvoirs, mais, dans l’imaginaire, le pouvoir est à Carthage. C’est le syndrome d’Iznogoud », assure Aziz Krichen. Les arcanes du pouvoir, notamment exécutif, n’ont plus de secrets pour ce sociologue et ancien chargé des affaires politiques à la présidence de la République. De son poste d’observation privilégié, l’homme a eu le loisir d’analyser l’ascension – et le plus souvent la chute – d’hommes politiques ambitieux qui, une fois nommés à la Kasbah, ne rêvent plus que de présidence.

Le palais beylical est pourtant loin d’être l’antichambre de Carthage. Encore moins une porte d’entrée. Le lieu semble au contraire fermer le passage aux prétendants et les voue à la solitude des coureurs de fond. La Tunisie a connu depuis la révolution deux Premiers ministres et cinq chefs du gouvernement. Un seul a réussi à déjouer la « ­malédiction » : Béji Caïd Essebsi (BCE). Premier ministre entre février et décembre2011, l’homme réussit trois ans plus tard à se faire élire à la magistrature suprême lors de la première présidentielle ouverte et libre. Ses successeurs à la Kasbah rêvent depuis de ­rééditer l’exploit.


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Portes closes, bruits étouffés et longs couloirs désertés illustrent la solitude et la dureté du pouvoir

Symbole du pouvoir central, Dar el-Bey, ou « Sarayet el-mamlaka », actuel palais du gouvernement, était au XVIIe siècle boudé par les beys, qui déjà craignaient les soulèvements, en l’occurrence de janissaires, logés dans des casernes proches. Les souverains successifs préfèrent alors séjourner au palais du Bardo ou à La Marsa, en banlieue nord. Par superstition, aucun d’eux n’a jamais achevé les travaux de la Kasbah, persuadés que celui qui en prendrait l’initiative décéderait dans l’année. Le lieu porte-t-il déjà malheur ? En 1882, la bâtisse à l’allure austère et solennelle est affectée aux services du premier ministère et aux institutions de l’État. Les autorités coloniales y installent aussi leurs bureaux.

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