[Tribune] Féminisons nos conseils d’administration !

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Pour que se développe durablement la place des femmes dans le secteur privé africain, nous devons avoir le courage de commencer par le haut ! Parce qu’ils sont moteurs dans l’évolution des mentalités et à la source de l’implémentation des politiques de mixité, les conseils d’administration doivent en effet jouer un rôle clé dans la meilleure prise en compte des questions de genre au sein des élites économiques du continent.


Sur ce registre, le bilan africain – s’il est loin d’être catastrophique – est largement perfectible. D’après une étude de la Banque africaine de développement portant sur les 307 entreprises les plus importantes du continent, environ un tiers d’entre elles ne compte aucune femme dans leur conseil d’administration, un autre tiers n’en comporte qu’une seule. En tout, seuls 12,7 % des administrateurs sont des femmes. Avec une moyenne de 17 %, les pays d’Afrique australe et d’Afrique de l’Est font mieux, alors que les trois pays du Maghreb atteignent difficilement 7,5 %. La plus grande économie de l’Uemoa, la Côte d’Ivoire, n’en compte que 5,1 %.

Cette situation, en plus d’être injuste, est également peu rationnelle : de nombreuses études soulignent les bénéfices économiques et intellectuels d’une présence accrue des femmes au sein des boards : meilleure gestion des risques, diversité de pensées, augmentation du retour sur investissements… Pourquoi les progrès sont-ils encore si limités ? Quels sont les obstacles résiduels qui bloquent l’accession des femmes aux conseils d’administration en Afrique ?

La plupart des nominations de membres de boards se font selon un processus informel

Premier élément, souligné par la Women Corporate Directors Foundation : la plupart des nominations de membres de boards se font selon un processus informel, s’appuyant sur des réseaux d’influence traditionnellement réservés aux hommes et excluant ainsi mécaniquement les femmes.

Deuxième explication : le manque de connexion entre dirigeantes (potentiellement éligibles à un conseil d’administration) et entreprises souhaitant féminiser leurs conseils d’administration. Les femmes africaines qui peuvent aspirer à siéger au sein de boards (et elles sont de plus en plus nombreuses) ne sont que trop rarement invitées à les intégrer.

À travers le monde, deux types de régulation peuvent faire progresser la place des femmes dans les instances de direction des grands groupes. Certains pays ont opté pour la contrainte, à travers l’instauration de quotas s’imposant aux entreprises. Si en Norvège la recette a été un succès, elle s’est traduite par un échec en Inde. La réalité de nombreux pays africains laisse penser qu’une telle politique le serait aussi. D’autres ont choisi des mesures moins coercitives mais souvent plus efficaces, comme l’Australie, où les entreprises sont incitées à être transparentes vis-à-vis des mesures prises en matière de diversité de genre, notamment dans leurs rapports annuels.

Codes nationaux de gouvernance d’entreprise

Investi en faveur du leadership féminin depuis sa création, le Africa CEO Forum fait de la féminisation des conseils d’administration en Afrique l’une de ses priorités depuis sa dernière édition. Résultat d’une réflexion menée en collaboration avec plus d’une quarantaine d’entreprises internationales et africaines, cet engagement, au cœur du développement et de la modernisation du secteur privé africain, se décline en trois axes.

Le premier, en prônant auprès du secteur privé africain la mise en place systématique de codes nationaux de gouvernance d’entreprise incluant notamment des obligations de transparence de leur part en matière de diversité de genre.

Le deuxième, en lançant dans le cadre de notre initiative Women on Board une plateforme de mise en relation entre dirigeantes africaines pouvant prétendre à siéger au sein de conseils d’administration et les entreprises souhaitant féminiser leurs boards.

Enfin, en impulsant, à l’occasion du Africa CEO Forum Women in Business Leadership Meeting qui s’est tenu les 2 et 3 juillet à Paris, le premier réseau d’influence exclusivement consacré aux dirigeantes africaines, destiné à renforcer leurs connexions professionnelles sur le continent et à l’international.

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