Mauritanie : les électeurs contraints de jouer les prolongations

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Des électeurs mauritaniens étaient contraints de jouer les prolongations samedi soir en raison de problèmes d’organisation lors d’élections législatives, régionales et locales considérées comme un test pour le régime du président Mohamed Ould Abdel Aziz, à moins d’un an de la présidentielle de mi-2019.


A 19H00 (GMT et locale), heure prévue pour la fermeture des bureaux, plusieurs centaines d’électeurs attendaient toujours dans la cour du centre de vote de Teyarredt, un quartier populaire de la capitale Nouakchott, a constaté un correspondant de l’AFP.

« Tous ceux qui se trouvent à l’intérieur de la cour pourront voter », ce qui devrait prolonger les opérations de vote jusqu’à « tard dans la nuit », a expliqué le président de ce bureau de vote.

Le taux de participation s’établissait à 18H00 dans une fourchette de 40 à 60% selon les régions, avec une moyenne nationale de 42%, a indiqué à l’AFP un membre de la Commission électorale nationale indépendante (Céni). Dans les bureaux de Nouakchott visités par l’AFP, il était de 50 à 55% à 19H00.

Contrairement aux précédentes législatives, en 2013, l’opposition y participait, y compris dans ses composantes dites « radicales », ce qui porte au nombre record de 98 les partis politiques en lice à ce premier tour, dont les résultats sont attendus en début de semaine. Un éventuel second tour se tiendrait le 15 septembre.

Les retards s’expliquent par les difficultés de certains électeurs à trouver leur bureau de vote, dont l’emplacement a été changé en dernière minute, et par la complexité des opérations, qui nécessitent d’introduire des bulletins dans cinq urnes correspondant à différents niveaux de pouvoir.

« Nous ne pouvons pas savoir pour le moment quelle est la part de l’incompétence, de l’erreur humaine ou de la volonté de fraude dans ces manquements », a déclaré en fin de journée un leader de l’opposition, Mohamed Ould Moloud. « Des bureaux de vote entiers ont disparu et leurs électeurs continuent d’errer à Nouakchott sans se retrouver, des électeurs d’une commune transférés vers une autre, des bureaux dont la liste électorale a été multipliée par quatre ».

Un sénateur frondeur libéré

Après avoir voté dans la matinée, le président Aziz s’est félicité du « caractère apaisé et tout à fait démocratique » de la campagne, marquée pourtant par des invectives entre majorité et opposition dans ce vaste pays aride d’Afrique de l’Ouest, engagé aux côtés de ses alliés régionaux et de la communauté internationale dans la lutte contre le jihadisme au Sahel.

Alors qu’opposants et ONG dénoncent régulièrement des atteintes aux droits de l’homme, l’ancien sénateur Mohamed Ould Ghadda, inculpé pour « corruption », a retrouvé samedi la liberté après plus d’un an en détention provisoire, bien qu’il ait refusé de signer les conditions de son contrôle judiciaire, dont une interdiction de quitter le territoire, selon son avocat.

Il avait pris l’an dernier la tête d’une fronde contre la suppression du Sénat voulue par M. Aziz. Le texte a finalement été adopté en août 2017 lors d’un référendum boycotté par une partie de l’opposition.

Danger islamiste

Pendant la campagne, M. Aziz a affirmé que le pays était « en danger » à cause d’une opposition divisée entre, selon lui, « islamistes dangereux, extrémistes racistes et des résidus d’anciens régimes ayant mis le pays à genoux ». « Nous devons les tenir loin des affaires par un vote massif pour l’UPR », le parti présidentiel, a-t-il dit, après avoir affirmé que les islamistes « n’attendent que leur échec politique pour prendre les armes ».

« C’est M. Aziz qui a pris les armes contre un régime élu et assassiné la démocratie », a rétorqué un responsable du parti islamiste Tewassoul, Jemil Ould Mensour.

M. Aziz, un ancien général, est arrivé au pouvoir par un coup d’État en 2008, avant d’être élu en 2009 et réélu en 2014. Bien qu’il se soit engagé à maintes reprises à ne pas tenter de modifier la limitation à deux du nombre de mandats présidentiels, il n’a pas apaisé les soupçons de l’opposition.

L’UPR, large vainqueur des législatives de 2013 boycottées par la quasi-totalité de l’opposition radicale, mise pour convaincre sur une croissance retrouvée et un indice de pauvreté ramené à « 31%, contre plus de 40% en 2008 », dans un pays d’un peu moins de quatre millions d’habitants dont le taux d’alphabétisation reste faible.

L’opposition quant à elle dénonce une forte baisse du pouvoir d’achat et des indices de développement classant la Mauritanie « au bas de l’échelle à tous les niveaux ».

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