Maroc : royales disgrâces

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En deux décennies de règne, Mohammed VI a limogé une bonne vingtaine de ministres. Pour quelles raisons ? Que sont-ils devenus ? Leur mise à l’écart est-elle irréversible ? De Driss Basri à Mohamed Boussaïd, tentative de recensement.


Les exemples ne manquent pas. Quand il s’agit de licencier de hauts commis de l’État, le Palais a souvent le sens de la mise en scène. Un directeur d’une entreprise publique qui apprend son limogeage par SMS en pleine cérémonie officielle. Un patron d’office qui reçoit à sa descente d’avion une alerte médias annonçant la fin de ses fonctions. Un autre qui se voit refouler au pied de l’avion royal alors qu’il s’apprêtait à accompagner Mohammed VI lors d’une tournée africaine.

Un ministre qui apprend qu’il est suspendu – avant d’être viré – alors qu’il préside, depuis la tribune d’honneur, un événement sportif. Un chef de gouvernement convoqué qui se fait notifier son remplacement par des conseillers royaux…

Soudains et parfois mortifiants, les limogeages prononcés par Mohammed VI ont toujours fait jaser. La première décision du genre a concerné feu Driss Basri, le plus fidèle, le plus craint et le plus exécré des serviteurs de Hassan II, mis sur la touche trois mois après l’intronisation de son fils. La déchéance du grand vizir en disait déjà long sur les affres que pouvait connaître une personnalité bannie par le roi. Alors qu’il avait été le deuxième homme le plus puissant du royaume, Driss Basri a vécu ses derniers jours à Paris en situation irrégulière, ayant été privé de son passeport pendant plusieurs mois.

Le timing relève toujours de la seule initiative royale, comme pour rappeler que la monarchie a la totale maîtrise du temps politique. « Mais il ne faut pas se leurrer, de telles décisions viennent en réaction à un contexte politique, nuance un politologue sous le couvert de l’anonymat. Virer des ministres, c’est comme faire sauter des fusibles quand le courant devient dangereux ou quand la pression de la rue devient trop forte. »

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