L’Algérien Ahmed Simozrag, un des expulsés de Folembray, autorisé à retourner en France

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Près de 25 ans après son expulsion vers le Burkina Faso, l’Algérien Ahmed Simozrag, l’un des 20 exilés de Folembray, a obtenu un visa pour la France, où il compte se rendre le 1er novembre.


Depuis le 31 août 1994, Ahmed Simozrag ne pouvait remettre les pieds en France, où il a vécu et où sa famille est toujours établie. Ce jour-là, avec 19 autres personnes arrêtées un mois plus tôt, soupçonnées par les services de renseignement français d’appartenir à des réseaux de soutien au Front islamique du salut (FIS) ou de défendre des thèses favorables à la lutte armée en Algérie, il a été expulsé vers le Burkina Faso.

Une déportation hors de tout cadre légal, après avoir été assigné à résidence un mois durant dans une caserne militaire d’un petit village du nord de la France, Folembray.

Cette arrestation collective faisait suite à un attentat commis à Alger le 3 août 1994, qui avait coûté la vie à cinq Français (trois gendarmes et deux agents consulaires). Le gouvernement français de l’époque indiquait alors dans un communiqué avoir « décidé l’expulsion du territoire de ressortissants étrangers signalés par les services de police comme se livrant à des activités susceptibles de présenter des dangers pour la sécurité de nos compatriotes ».

Résidence surveillée

Pendant 22 ans, Ahmed Simozrag a vécu en résidence surveillée à Ouagadougou, sans pouvoir sortir du Burkina Faso. Il n’a pu voir ses enfants que tous les deux ans, lorsque ceux-ci venaient lui rendre visite.

Mais l’exil forcé de ce septuagénaire, qui n’a jamais cessé de clamer son innocence, touche désormais à sa fin. Jeudi 1er novembre, il atterrira à Paris, après avoir obtenu un visa français prenant effet le 30 octobre. Le 22 mars 2016, un courrier officiel du ministère de l’Intérieur lui avait notifié l’abrogation de l’arrêté d’expulsion le concernant. Une décision qui lui a permis de se rendre à plusieurs reprises en Algérie, son pays d’origine, avant de revenir à Ouaga.

« J’ai été victime d’une injustice, car on m’accusait à tort d’être proche d’un mouvement terroriste. Mais la foi m’a permis de résister durant tout ce temps, et aujourd’hui cette injustice a été réparée », se réjouit Ahmed Simozrag, contacté par Jeune Afrique. « Les formalités pour obtenir le visa ont été longues. On me demandait des tas de documents, comme si c’était la première fois que je me rendais en France », raconte-t-il. Et d’ajouter, ironique : « Ils m’ont même demandé une attestation d’hébergement, alors que la maison dans laquelle habite ma famille m’appartient ! »

« Joie incomplète »

Pendant ses années d’exil au Burkina, Ahmed Simozrag a fondé le Centre africain de diffusion islamique et scientifique (Cadis), où cet érudit enseigne l’islam.

« Ma joie est incomplète », regrette-t-il pourtant, deux jours avant ce retour tant attendu. Une dizaine de ses camarades d’infortune se trouvent en effet toujours interdits de séjour dans l’Hexagone. « Je vais continuer à me battre pour eux », poursuit-il.

En octobre 2017, six des expulsés de Folembray, dont lui-même, avaient adressé une lettre ouverte à Emmanuel Macron, quelques semaines avant sa visite à Ouagadougou, afin d’interpeller le président français sur leur sort.

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