L’accord agricole entre le Maroc et l’Union européenne validé par le Parlement européen

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Les diplomates marocains se réjouissent de l’adoption par les députés européens de l’accord agricole qui mentionne les produits issus du Sahara. Malgré un score confortable, la bataille n’a pas été facile et n’est pas forcément close.


« Quelle belle victoire », lâche Ahmed Réda Chami, ambassadeur du Maroc auprès de l’Union européenne. Ce 16 janvier dans l’après-midi, en séance plénière au Parlement européen à Strasbourg, l’échange de Lettres concernant l’accord agricole entre le Maroc et l’Union européenne (UE) a été adopté par 444 voix contre 167 et 68 abstentions.

Pour Rabat, l’enjeu était de taille : il s’agissait de faire reconnaître sa capacité à négocier et signer un accord concernant le Sahara occidental. Le texte, en effet, élargit les préférences tarifaires aux produits issus de cette région, toujours contestée. Le ton du communiqué du ministère marocain des Affaires étrangères est donc celui de la satisfaction.

« Ce qu’il faut dire, c’est que ça n’a pas été de tout repos », souligne le diplomate, qui souligne que pendant deux ans, différents acteurs marocains ont été mobilisés pour pousser à l’adoption de l’accord. « Les élus marocains de gauche par exemple, ont pris langue avec des députés européens de leur sensibilité. » La gauche européenne est réputée pour être plus favorable à l’argumentaire indépendantiste.

Lobbying

En décembre 2016, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), suite à une plainte déposée par le Front Polisario, avait décidé que l’accord de libre-échange de 2012 entre l’UE et le Maroc ne s’appliquait pas au Sahara occidental. Depuis, Rabat fait du lobbying pour défendre sa position. En Europe, le Maroc pouvait compter sur des députés qui soutiennent que « les nouveaux tarifs douaniers bénéficieraient de façon significative aux populations locales », contre le point de vue du Polisario et de ses soutiens, qui dénoncent un « accord illégal ».

Du côté des eurodéputés proches du Maroc, on se félicite aussi : « Grâce aux préférences tarifaires accordées par l’Europe, ce sont 7,7 milliards d’euros économisés par les populations du Sahara au profit de l’économie et de l’emploi. Voilà la réalité concrète de cet accord commercial », écrit ainsi en ligne le Français Gilles Pargneaux.

Preuve que le sujet est sensible, la rapporteuse du Parlement européen sur la question et membre de la Commission du commerce international, la Française Patricia Lalonde, démissionne en décembre 2018 de ce poste. Favorable à l’élargissement des préférences tarifaires aux produits issus du Sahara, elle est aussi membre d’EuroMedA, une fondation qui se défend d’être un groupe de pression, mais travaille activement à défendre la position marocaine sur le dossier.

En face, on retrouve notamment Western Sahara Resource Watch (WSRW), enregistré comme groupe de lobbying à Bruxelles. Cette association a condamné le vote du 16 janvier. Deux jours auparavant, des députés européens, notamment de la gauche écologiste, essayaient encore d’imposer des débats sur l’accord, rencontrant l’hostilité d’élus de la droite.

L’accord de pêche à valider

Les fonctionnaires marocains n’ont pas pour autant terminé de batailler : la députée européenne qui a succédé à Patricia Lalonde comme rapporteuse du Parlement européen concernant la résolution sur l’accord, la Hollandaise Marietjes Schaake, a annoncé en ligne ce 16 janvier : « Afin de m’assurer que l’accord respecte les critères de la Cour européenne de Justice (…) je voterai en faveur de la résolution présentée par un groupe (…) de députés afin de demander de nouveau un avis à la Cour… »

Il est fort probable que les députés européens votent à la mi-février à propos de l’accord de pêche entre l’UE et le Maroc. En février 2018, suite à la demande d’un groupe favorable au Front Polisario, Western Sahara Campaign, la CJUE avait estimé que cet accord n’était « pas applicable au Sahara occidental ».

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