FMI, Banque mondiale, UE… : les bailleurs côte à côte en Tunisie

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Huit bailleurs de fonds internationaux, dont le FMI, la Banque mondiale et l’Union européenne, se sont rendus au chevet de la Tunisie les 11 et 12 juillet. Ils promettent de soutenir ensemble le pays durant les deux prochaines années.


Pas moins de huit institutions financières mondiales se sont réunies pour accorder leurs violons sur l’aide accordée à la Tunisie pour les deux prochaines années. Bruxelles aura été un pivot essentiel pour relever ce défi. Johannes Hahn, le Commissaire européen à la politique européenne de voisinage et aux négociations d’élargissement, a piloté les discussions.

Le FMI a donné son accord pour le décaissement de 250 millions de dollars (214 millions d’euros) correspondant à la 4e tranche d’un prêt de 2,9 milliards accordé en 2015. Un pas perçu comme un signal positif pour le gouvernement, bien que le pays continue à présenter des faiblesses macroéconomiques. Dans la foulée, la Banque mondiale a apporté des appuis de 500 et 130 millions de dollars destinés à accompagner les réformes.

Au total, les huit institutions à s’être mises au diapason sont l’Agence française de développement (AFD), la Banque africaine de développement (BAD), la Banque européenne d’investissement (BEI), la Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD), la Banque mondiale (BM), le Fonds monétaire international (FMI), l’Agence allemande de coopération internationale (KFW) et la Société financière internationale (SFI).

Un prêt sous condition

Le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT), Marouane Abbassi, signale que « des déficits importants se sont accumulés entraînant des déséquilibres aux niveaux budgétaire et commercial ».

Pour juguler ces déficits, les institutions internationales pressent le gouvernement tunisien d’engager des réformes de fond qui paraissent difficiles à mettre en oeuvre en raison d’une conjoncture compliquée. La crise financière et économique toujours sévère provoque en effet un mécontentement populaire.


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Néanmoins, le pays, sur les derniers mois, a réussi à mieux coordonner ses efforts, selon Robert Blotevogel, représentant du FMI en Tunisie. Amélioration notable, la croissance de 2,5 % ne suffit toutefois pas à créer de l’emploi et à relancer l’investissement.

La Tunisie espère faire mieux avec une haute saison touristique qui s’annonce bonne et la relance de la production de phosphates. En attendant, elle doit tenir compte d’une inflation qui frôle les 8 % et du glissement du dinar, qui impactent la consommation et le coût des hydrocarbures.

Le prix des réformes 

L’heure est à un optimisme fragile. Le pays ne pourra pas faire l’impasse sur les réformes demandées (refonte du système économique et financier : fiscalité, banques publiques, douanes, caisses sociales…). Aucun autre choix ne s’offre à lui pour réunir les ressources nécessaires à la loi de finances 2019.

Mais retrouver les équilibres implique des décisions politiques que le gouvernement peine à prendre, notamment pour contenir une masse salariale du secteur public à hauteur de 15 % du PIB. « 2018 sera la dernière année difficile pour les Tunisiens », assure le chef du gouvernement, Youssef Chahed, sans préciser comment sera résorbée une dette de plus de 80 % du PIB.

Le dernier décaissement du FMI a provoqué un soulagement au niveau gouvernemental alors que la population impute à l’institution de Bretton Woods les augmentations de prix de l’essence et de l’énergie ainsi que la dévaluation du dinar.

Le soutien des institutions financières permet à la Tunisie de voir venir, mais cette aide est limitée dans le temps et en volume. « La crise sociale en Jordanie [dépendante des aides extérieures, ndlr], a fait craindre au FMI un effet domino dans la zone Mena [Moyen-Orient et Afrique du Nord] et a été en ce sens une chance pour la Tunisie », explique un économiste.

Le président de la République tunisienne, Béji Caïd Essebsi, a bien interprété le message des bailleurs de fonds, concernant leur soutien limité, et reconnaît les retards pris par le pays sur les réformes. Il souligne que la transition démocratique en cours est un gage de retour aux équilibres des comptes de l’État.

Une question de temps, assure-t-il. Mais le temps presse.

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