Côte d’Ivoire : Laurent Gbagbo voulait « aller à la réconciliation dès 2011 », affirme Alcide Djédjé

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Alcide Djédjé, 62 ans le mois prochain, désormais ex-cadre du Front populaire ivoirien (FPI de Laurent Gbagbo), a profité d’une conférence de presse le 4 septembre pour évoquer les luttes de clan au sein des partisans de Gbagbo lors de la crise postélectorale.


Alors qu’il prenait la parole dans le cadre d’une conférence officialisant la création de « Concorde » (pour Congrès pour la consolidation de la République et le développement), un parti qui va intégrer le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP, coalition au pouvoir dirigée par le président Alassane Ouattara), Alcide Djédjé a affirmé que Laurent Gbagbo était sur le point d’abdiquer quand la branche radicale de son camp a pris le dessus, ruinant ainsi les espoirs d’une résolution pacifique du conflit.

À en croire Alcide Djédjé, l’ancien président ivoirien avait pris la décision d’abandonner le bras de fer avec Alassane Ouattara, vainqueur de la présidentielle de novembre 2010 et soutenu par la communauté internationale, et voulait se retirer dans son village natal à Mama, au cœur du pays bété, dans le centre-ouest du pays.

Va chez Philippe Mangou, je vais retourner à Mama. Allez avec les autres pour former un gouvernement d’union

« Souviens-toi, au Palais au Plateau. Nous étions deux. Tu m’as envoyé et tu m’as dit : “Va chez Philippe Mangou [alors chef d’état-major des armées, ndlr], je vais retourner à Mama. Allez avec les autres pour former un gouvernement d’union” », a déclaré, dans une adresse à Laurent Gbagbo, son ex-ministre des Affaires étrangères lors de la crise postélectorale.

« On n’a jamais eu le temps, puisque ceux qui ne voulaient pas que tu retournes à Mama ont pris le dessus. Tu as essayé quand même de continuer, d’aller directement à la réconciliation dès 2011. Un discours a été préparé pour accepter l’accord que proposait l’Union africaine pour le gouvernement d’union », a par ailleurs affirmé Djédjé.

Une version défendue par plusieurs anciens proches de Gbagbo à la CPI

Un témoignage qui corrobore plusieurs de ceux délivrés par des cadres du camp Gbagbo lors de leurs auditions devant la Cour pénale internationale (CPI), dans le procès Charles Blé Goudé et de Laurent Gbagbo.

La version avancée par Djédjé rejoint ainsi celle de Mohamed Sam Jichi – dit « Sam l’Africain » –, un ancien membre de la galaxie patriotique alors proche du couple Gbagbo. « Le 31 mars 2011, j’étais au palais présidentiel avec le ministre Alcide Djédjé. C’est lui qui a rédigé le discours du président [Laurent Gbagbo] et le lui a soumis. Le président a lu et a apporté des corrections. Dans ce discours, le président voulait annoncer qu’il allait démissionner », déclarait Sam l’Africain en novembre 2014. Mais le personnage étant quelque peu clivant, ses déclarations n’avaient pas été prises au sérieux par une partie de l’opinion.


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En septembre 2017, c’est cette fois le général Philippe Mangou qui est revenu devant la CPI sur cet épisode, avec plus de détails. Au deuxième jour de son audition devant la Cour, l’ex-patron de l’armée restée loyale à Laurent Gbagbo a raconté la teneur d’une conversation avec l’ancien président.

« La communauté internationale vient de me lâcher. Les présidents angolais et sud-africain me demandent de démissionner. Qu’est-ce que tu en penses ? », lui aurait alors demandé Gbagbo. Ce à quoi Mangou assure avoir répondu en encourageant l’ex-président à démissionner. Mais, selon le général Mangou, les extrémistes du camp Gbagbo – notamment son épouse Simone et son fidèle ami Aboudramane Sangaré, l’un des fondateurs du FPI – ont contraint celui-ci à renoncer à ce projet de démission.

Conséquence : le conflit s’est intensifié entre les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI d’Alassane Ouattara) et les Forces de défense et de sécurité (FDS loyales à Gbagbo). La résidence de Laurent Gbagbo a été bombardée durant plusieurs jours par l’armée française, à la demande de l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci), jusqu’à ce que le camp Gbagbo concède sa défaite militaire. C’était le 11 avril 2011. Et le conflit avait déjà provoqué près de 3 000 morts, selon les chiffres officiels.

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