Centrafrique : Moscou en embuscade

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Désireuse d’étendre sa présence et son influence dans la région, la Russie s’est très vite rendue indispensable à Bangui. Et se moque bien de bousculer les intérêts français.


La Russie est-elle en train de marcher sur les plates-bandes de la France en Centrafrique ? « Il n’y a plus de pré carré depuis bien longtemps », élude-t-on à Paris. L’arrivée en fanfare d’instructeurs et de militaires russes sur les bords de l’Oubangui est pourtant vécue par nombre d’observateurs comme un coup porté à l’influence – il est vrai vacillante depuis la fin de l’opération Sangaris, en 2016 – de la France dans le pays. Ironie de l’histoire, Paris est en partie responsable de l’irruption de l’ex-Union soviétique dans ce pays tourmenté par la guerre depuis la chute de François Bozizé, en 2013.

Tout commence le 20 mars 2017, deux mois avant l’élection d’Emmanuel Macron. Le président Faustin-Archange Touadéra est reçu à l’Élysée par François Hollande. Il demande à son homologue un appui pour équiper les Forces armées centrafricaines (Faca), exsangues après cinq années d’instabilité. Formées par 190 instructeurs de la mission de l’Union européenne, elles tentent de se relever, mais le pays est sous embargo de l’ONU depuis quatre ans, et elles manquent cruellement de matériel.


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Paris accepte de défendre à New York l’idée d’une dérogation pour une livraison d’armes, et propose à la Centrafrique de lui vendre du made in France, dont ses fameux fusils Famas. Mais, à 1 500 euros pièce, ceux-ci sont trop chers. Le Quai d’Orsay, après avoir échoué à trouver une solution meilleur marché au sein de l’UE, imagine un autre scénario : demander à l’ONU de transférer à Bangui une cargaison d’armes saisies dans le golfe d’Aden en 2016. Près de 2 000 fusils de type kalachnikov, 100 lance-roquettes, 49 mitrailleuses et 20 mortiers, quasi neufs mais voués à la destruction… Un véritable arsenal, vraisemblablement envoyé par l’Iran aux rebelles houthis, au Yémen.

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