Cameroun : rien ne bouge, mais tout a changé

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Malgré la réélection sans surprise de Paul Biya, jamais le pouvoir en place n’a été à ce point contesté. Mais l’opposition devra surmonter ses divisions si elle veut constituer une force d’alternance crédible.


L’atmosphère est électrique. À deux pas du dispensaire d’Odza, au sud de Yaoundé, chacun commente le vote de la veille. Sous le soleil du milieu de cette journée du 8 octobre, on patiente. Maurice Kamto devait prendre la parole à 10 h 30 dans son quartier général. Il est 15 heures. Un 4×4 franchit le portail. Sous les « Kamto, président ! », le patron du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) se faufile jusqu’au pupitre, s’excuse du retard et se déclare vainqueur de la présidentielle. Sur la mezzanine où sont rassemblées quelques dizaines de militants, deux jeunes se congratulent.

« C’est lancé ! » hurle le premier. « C’est maintenant ! » répond le second. Quelques minutes plus tard, l’annonce a fait le tour du monde. Le Cameroun a momentanément deux présidents : l’un, sortant, attend sereinement sa réélection, l’autre, autoproclamé, joue son va-tout. On connaît la suite.


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Implication sans précédent

« Paul Biya a été marqué par la tentative de coup d’État de 1984 et par la présidentielle qu’il a failli perdre en 1992, analyse un politologue camerounais. Chaque fois, il a verrouillé un peu plus le système. Peut-être que ce 8 octobre 2018 est le jour où l’édifice s’est fissuré. » « On avait enfoncé dans la tête des Camerounais que le vote était inutile, que, après Biya, c’était Biya ou le chaos, s’enthousiasme, trésorier de la campagne d’Akere Muna, candidat rallié à Kamto. L’année 2018 a prouvé le contraire : d’autres ont l’envergure pour exercer le pouvoir. On ne reviendra pas en arrière. »

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