Cameroun : entre guerre des clans et difficile reconstruction, le SDF à la recherche d’un nouveau souffle

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Le Social Democratic Front (SDF), candidat malheureux à la dernière présidentielle, a présenté le 21 novembre sa nouvelle orientation. Le premier parti d’opposition au Cameroun veut se relancer, malgré les conflits qui divisent ses cadres en interne.


Résoudre la crise anglophone, séduire les jeunes électeurs, faire adopter un nouveau code électoral… tel est le nouveau cap que s’est fixé le Social Democratic Front (SDF) pour se relancer sur l’échiquier politique camerounais. Par la voix de son secrétaire général, l’ancien sénateur Jean Tsomelou, le parti que dirige John Fru Ndi estime avoir tourné la page de la présidentielle, et se dit prêt pour un nouveau départ.


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« Les résultats escomptés [à la présidentielle  du 7 octobre, ndlr] n’ont pas été tenus. Notre parti sait aujourd’hui pourquoi ce score est de 3,35%. Nous avons perdu près de 800 000 voix dans notre bastion, les régions anglophones (…). J’invite nos militants et sympathisants à rester souder et à plus de sérénité afin qu’ensemble, nous puissions reconstruire le parti », a déclaré Jean Tsomelou au cours d’une conférence de presse donnée le 21 novembre au siège du SDF à Yaoundé.

Une reconstruction qui s’annonce cependant difficile, tant les séquelles de la défaite à la présidentielle semblent toujours visibles.

Le cas Joshua Osih divise

De nombreux observateurs ont en effet noté l’absence du candidat du SDF, Joshua Osih, à cette conférence stratégique du parti, bien que présent dans la ville de Yaoundé où il prend actuellement part à la session plénière de l’Assemblée nationale, en tant que député du Wouri. Le candidat malheureux à la présidentielle, qui serait toujours au cœur des divisions entre les cadres de ce parti, n’a pas expliqué la raison de son absence.


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Il y a quelques semaines déjà, lors d’une réunion du Comité exécutif national (NEC) du SDF, le leader John Fru Ndi avait du prendre sa défense avec force, face aux récriminations exprimées à son encontre par certains cadres du parti. « Joshua Osih était candidat à la présidentielle, et il était notre porte-étendard. Il était sur le terrain, il sait ce qu’il a vu, je ne vais pas le blâmer », affirmait l’opposant de Paul Biya.

Il faut accepter d’être critiqué, mais je ne peux pas laisser le parti en chemin parce qu’un camarade me le demande

Une branche considérable réclamait pourtant son départ de la vice-présidence du parti, avec en tête de file le maire de Loum Guy Wambo, suivi de certains députés de la région du Nord-Ouest. « Il n’était pas sur le terrain, et aujourd’hui c’est le parti qui paye le prix », confiait alors à Jeune Afrique un membre du SDF sous couvert d’anonymat. Acculé et isolé, Joshua Osih avait endossé la responsabilité de la défaite de son parti, comme pour désamorcer les tensions.

« La liberté d’expression est absolue chez nous. Les gens disent ce qu’ils ont à dire, mais le plus important c’est comment aller de l’avant (…). Il faut accepter d’être critiqué, mais je ne peux pas laisser le parti en chemin parce qu’un camarade me le demande » tranchait-il, au sortir de cette réunion.

Un travail de fond pour donner un profil moderne au parti

Une nouvelle vision pour revenir au « SDF original »

À un an des législatives, la reconstruction du SDF passe par une reconquête d’un électorat aujourd’hui dispersé entre plusieurs autres formations politiques. La recette trouvée à cet effet est de revenir au « SDF original ».

Le secrétaire général Jean Tsomelou parle d’un « travail de fond » qui consistera à « donner un profil moderne au parti, adopter un discours attractif et conquérant vers la jeunesse, et surtout renforcer les ressources humaines ». Il ajoute que les axes de cette mue devraient se voir sur le terrain à travers la lutte pour une « amélioration du code électoral », et la participation du SDF au « retour de la paix dans les régions anglophones ».


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Pour y parvenir, le SDF devra cependant annihiler les individualités naissantes en un collectif gagnant. Quelques défections auraient été enregistrées ces dernières semaines, pendant que d’autres cadres semblent vouloir évoluer en solitaire. C’est le cas de Joshua Osih, qui s’est engagé individuellement à « aider à trouver une issue à la guerre que connaît une partie importante » du Cameroun, sans jamais mentionner l’implication de son parti. Idem pour Jean-Michel Nintcheu, qui a récemment apporté son soutien à la démarche de Maurice Kamto, et a organisé une marche de protestation interdite par son propre parti.

Le SDF, qui compte actuellement 18 députés à l’Assemblée nationale, fera-t-il mieux lors des prochaines législatives ? L’envie de repartir sur de nouvelles bases devra résolument se manifester sur le terrain où se trouvent de nouveaux acteurs aguerris par la dernière présidentielle.

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