Burkina Faso: le procès des auteurs du putsch raté à nouveau ajourné

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Par RFI

Le général Gilbert Diendéré (G) et l'ancien ministre des Affaires étrangère Djibrill Bassolé sont les pincipaux accusés dans le procès du putsch manqué de septembre 2015.
© Ahmed OUOBA / AFP

Après plus d'un mois de suspension, le procès du coup d'Etat de septembre 2015, dans lequel sont accusés les généraux Gilbert Dienderé, ex-chef d'état-major particulier de Blaise Compaoré, et le général Djibrill Bassolé, ancien patron de la diplomatie burkinabè, a été reporté au 25 mai prochain. De nouveaux avocats de la défense commis d'office après la démission de plusieurs avocats ont demandé un mois de report afin de mieux étudier le dossier. A l'ouverture de l'audience ce mercredi, d'autres avocats ont encore démissionné pour « convenance personnelle ». Conséquence: le général Gilbert Dienderé se retrouve sans avocat.

Les nouveaux avocats commis d'office ont demandé un mois de report mais le président du tribunal leur a accordé deux semaines. Un délai jugé contesté par maître Arno Sempebre. « Nous estimons que le délai qu'il nous a accordé pour prendre connaissance du dossier n'est pas suffisant. En vérité, ce délai de deux semaines, de notre point de vue, c'est juste pour permettre à ces huit personnes d'avoir des avocats. »

Le général Gilbert Dienderé se retrouve désormais sans avocat car plusieurs avocats de la défense ont encore démissionné à la reprise du procès. Une attitude que dénoncent le procureur militaire et les parties civiles, qui accusent la défense de vouloir enliser le dossier. « On constate que la défense tente de faire piétiner le procès pour des raisons qu'on ignore. Il est intolérable que nous, dont le rôle est d'assurer le droit à la défense du droit, nous contribuons à faire en sorte que la situation pourrisse », explique maître Guy Hervé Kam.

Pour maitre Dieudonné Bonkoungou, l'un des avocats du général Djibrill Bassolé, les avocats de la défense ne souhaitent qu'un procès dans de bonnes conditions. « Qu'il y ait des reports, ça ne peut pas être une stratégie, parce que vous ne pouvez pas demander à quelqu'un de venir compulser un dossier de plus de 15 000 pages en deux semaines et défendre un accusé qui encourt de lourdes peines. »
Pour le général Gilbert Dienderé et les sept autres accusés, de nouveaux avocats seront commis d'office dans les jours à venir.

Le cas de l'avocat Mamadou Traoré

Au total, 84 accusés sont jugés dans cette affaire. Parmi eux figure Me Mamadou Traoré, l'ancien bâtonnier de l'ordre des avocats du Burkina. Il est soupçonné d'avoir accueilli, chez lui à plusieurs reprises dans les jours qui ont suivi le coup d’État, le général Diendéré – lequel avait été placé sur écoute et était géolocalisé grâce à son téléphone. Simples entretiens en sa qualité d’avocat ou complicité avec les putschistes ? Me Mamadou Traoré avait en tout cas été écroué avant de bénéficier en juin 2016 d'une liberté provisoire.

Au Burkina comme à l’étranger, ses confrères dénoncent l’irrégularité de la procédure. Hier, la conférence des barreaux de l’espace UEMOA et la conférence des barreaux de l’espace OHADA (pour l'Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires), qui regroupent près de 20 000 avocats, ont publié une déclaration conjointe à Abidjan dans ce sens.

« Cette inculpation et le renvoi du bâtonnier Traoré ont été réalisés en violation des prescriptions du règlement de l'UEMOA, affirme Me Jackson Ngnie Kamga, bâtonnier du Cameroun et président de la conférence des barreaux de l’espace OHADA. Ce règlement prescrit de manière impérative que l'inculpation d'un avocat ne peut avoir lieu sans que son bâtonnier ait été préalablement consulté par le procureur général. Dans le cas du bâtonnier Traoré, son bâtonnier n'a pas été consulté. Les barreaux des espaces OHADA et UEMOA demandent au tribunal de prononcer la nullité de toutes les poursuites. Les deux conférences sont par principe opposées aux juridictions d'exception qui ne présentent en général aucune garantie de procès équitable tant en ce qui concerne le fonctionnement que leur composition. Nous avons donc incité les deux tous les Etats des deux espaces à mettre un terme aux juridictions d'exception et à les supprimer de leur arsenal juridique. Les autres juridictions de droit commun nous paraissent suffisamment outillées pour connaître les infractions, quelque soit leur nature. »

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