Au Zimbabwe, le rêve enfin exaucé d’une campagne électorale sans violence

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Michelle Nyakudya écoute attentivement le discours d’un candidat de l’opposition à la députation au Zimbabwe. Elle se pince encore pour y croire, mais les faits sont là.


Cette mère de famille s’apprête à voter dans un climat politique apaisé, sans menaces ni violences. Du jamais vu pour cette trentenaire.

Dans son village de Domboshawa, au nord d’Harare, l’opposition règne en maître, pourtant la sérénité prévaut à l’approche des élections générales du 30 juillet, les premières depuis la chute en novembre du président Robert Mugabe.

« Je peux dire que cette campagne électorale est différente », dit Michelle, « les précédentes étaient très violentes mais cette année c’est plutôt calme, nous ne sommes plus forcés de faire quoi que ce soit ».

« C’est une bonne année, les gens sont libres de dire ce qu’ils pensent », constate elle aussi Rabina Madziva, au chômage.

Crainte de fraude

Mais elle reste prudente. « Avec la politique, on ne sait jamais ce qui peut se passer après le vote », ajoute-t-elle, « j’espère qu’il n’y aura pas de fraude ».

Sous le long règne de Robert Mugabe, fraudes, intimidations et violences électorales ont été la règle. Les nervis du président n’ont pas hésité à rosser, torturer voire supprimer les partisans de l’opposition pour lui assurer la victoire.

En 2008, ces brutalités ont atteint un tel niveau qu’elles ont convaincu le chef du Mouvement pour un changement démocratique (MDC) Morgan Tsvangirai de renoncer au second tour de la présidentielle. Il était pourtant arrivé en tête du premier.

Finalement lâché par l’armée et son parti, la Zanu-PF, le « camarade Bob », 94 printemps aujourd’hui, a été contraint de rendre les clés du pays en novembre, après trente-sept ans de règne.

Son successeur Emmerson Mnangagwa, longtemps un proche de l’ancien maître du pays, n’a cessé depuis de promettre que les premières élections générales sans Robert Mugabe seraient « libres, transparentes et honnêtes ».

‘Nouvelle culture’

Son passé d’exécuteur des basses besognes répressives de l’ancien régime en a fait douter plus d’un.

Mais finalement, hormis la tentative d’assassinat – attribuée à une faction de son propre parti – qui a visé en juin le chef de l’Etat lors d’une réunion publique à Bulawayo (sud), les incidents sérieux ont été rares pendant la campagne.

Tout le monde est libre de faire campagne pour qui il veut

« Je pense que le départ de Mugabe a promu une nouvelle culture dans le pays », se félicite Handsome Madziva, 53 ans, un paysan de Nyahukwe, un village à quelque 200 km au sud-est de Domboshawa.

Là aussi, la campagne électorale a été sereine. « C’est la plus pacifique que j’ai connue », se réjouit, incrédule, Patrick Makonde, un électeur de 59 ans qui a participé à tous les scrutins organisés depuis l’indépendance de son pays en 1980.

« Personne n’a été frappé. Tout le monde est libre de faire campagne pour qui il veut », poursuit le grand-père, partisan depuis toujours de la Zanu-PF. « Les jeunes soutiennent leurs partis (d’opposition) et nous, nous gardons notre confiance à celui que nous défendons depuis toujours ».

Jusque-là sans incident majeur. Alors Patrick Makonde espère enfin vivre le 30 juillet sa première élection « normale ».

Influents chefs traditionnels

Illustration de ce changement d’ambiance, les réunions électorales du MDC ont attiré des foules sans précédent, même dans les bastions ruraux traditionnels de la Zanu-PF.

Longtemps considérés comme les agents électoraux les plus efficaces du parti au pouvoir, les très influents chefs traditionnels ont, eux, été priés par la justice de se tenir à bonne distance des opérations électorales.

Malgré l’amélioration générale du climat politique, les tentatives d’intimidation ou de pressions en faveur de la Zanu-PF n’ont pas disparu, relèvent les ONG.

Les intimidations restent répandues et en hausse », affirme l’ONG WTPZ

L’une d’elles, « Nous le peuple du Zimbabwe » (WTPZ), affirme avoir recensé 249 cas de menaces en juin dans le pays. « Les intimidations restent répandues et en hausse », affirme-t-elle dans un rapport en date du 9 juillet.

Le responsable régional de Human Rights Watch (HRW) Dewa Mavhinga doute, lui, de la conversion des chefs locaux du parti au pouvoir aux consignes de modération de leur état-major.

« Mnangagwa prêche la paix pour profiter de la légitimité du scrutin mais ceux qui sont au bas de la hiérarchie de la Zanu-PF sont fébriles », s’inquiète M. Mavhinga, « le recours à la violence reste inscrit dans leurs gènes ».

Pas de quoi toutefois inquiéter Joshua Mvere. « J’étais jeune en 2008 mais je me souviens que l’élection a été terrible », dit ce jeune marié de 22 ans, « mais aujourd’hui nous faisons campagne comme des gens civilisés ».

Et même s’il a longtemps hésité, c’est sûr, le 30 juillet il ira voter pour la première fois.

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