Algérie : Ahmed Ouyahia contre vents et marées

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Tous mandats cumulés, Ahmed Ouyahia a déjà passé près de onze années à la primature. Le secret de cette longévité ? Ses modèles, sa capacité à endurer les épreuves, et une ambition tenace.


Ces derniers jours, il retrouve plaisir à arpenter les tapis rouges. Réception d’officiels espagnol, brésilien et béninois rue du Docteur-Saadane, au siège du gouvernement, dans le centre d’Alger. Déplacement à Nouakchott au début de juillet, où il représentait Abdelaziz Bouteflika au sommet de l’Union africaine. Même rôle de nonce à Ankara pour la prestation de serment de Recep Tayyip Erdogan. Et, plus récemment, l’ouverture des Jeux africains de la jeunesse à Alger… toujours au nom du chef de l’État.

Ahmed Ouyahia respire. Le calme perce sous le sourire qu’il affiche désormais en public. « Il était beaucoup plus serein lors de sa dernière conférence de presse qu’à celle d’avril, où il avait semblé très agité », confirme un journaliste politique qui le suit régulièrement. L’homme était alors, disait-on, sur le départ. Tombé en disgrâce. Une petite musique savamment entretenue par la présidence, qui ne se privait plus de désavouer ses mesures et ses décisions, comme l’augmentation des tarifs des documents administratifs et la possibilité de concéder des terres agricoles aux étrangers. Ou, pis, de se passer de sa présence lors des rares sorties d’Abdelaziz Bouteflika à Alger, lui préférant celle du ministre de l’Intérieur, Noureddine Bedoui.

Il sait qu’il ne peut rien faire contre les rumeurs, donc il laisse parler

« Ceux qui nourrissent ces polémiques ou ces controverses veulent affaiblir et déstabiliser le gouvernement, balayait alors un proche d’Ahmed Ouyahia. Il sait qu’il ne peut rien faire contre les rumeurs, donc il laisse parler. » Le 21 juin pourtant, jour du solstice d’été, il brise la glace : « Le Premier ministre est nommé par la présidence. Quand ça ne marche pas, le président a une solution très simple : il met fin aux fonctions du Premier ministre. » Une bravade ? C’est mal connaître le personnage.

Discipline ou rigidité

À son domicile, les murs ne soutiennent qu’un seul portrait : celui du colonel Houari Boumédiène, en tenue militaire. Ahmed Ouyahia lui voue une admiration sans bornes. Tout juste sorti de l’ENA, il avait passé un an dans l’équipe des relations publiques d’El-Mouradia, siège de la présidence, aux côtés du deuxième chef d’État de l’Algérie indépendante. « Il a toujours cette figure de tutelle boumédiène, confie un ancien ministre. Une vision qui mélange verticalité du pouvoir et nationalisme. » Et une forme d’« admiration pour les fortes personnalités », d’après un compagnon de route. Une certaine dose de discipline aussi. Qui frise la rigidité. « Et qui explique que certaines idées, certaines propositions, certains schémas directeurs, jugés trop novateurs, périssent dans les tiroirs », se désole un responsable. Un exemple en fait la démonstration éclatante. Celui de l’École 42, un établissement privé d’autoformation en informatique créé par l’homme d’affaires français Xavier Niel et dont une antenne doit voir le jour à Alger.

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